Comment communiquer sur un atelier PEP’S auprès des familles ?

Comment communiquer sur un atelier PEP'S auprès des familles ?

Mettre en place un atelier de parole pour enfants de parents séparés sur un territoire, c’est une chose. Réussir à toucher les familles qui en ont besoin, c’en est une autre. La communication autour d’un dispositif comme les ateliers PEP’S est souvent le maillon sous-estimé d’un déploiement réussi. Pourtant, sans recrutement efficace des participants, même le programme le mieux conçu tourne à vide.

Ce focus s’adresse aux professionnels et structures qui animent ou souhaitent déployer un atelier PEP’S et qui cherchent à structurer leur stratégie de communication auprès des familles concernées.

Pourquoi la communication vers les familles est un enjeu à part entière ?

Les parents qui traversent une séparation ne sont pas spontanément en recherche de dispositifs de soutien pour leurs enfants. La priorité est souvent absorbée par les démarches administratives, juridiques, logistiques. La dimension émotionnelle et l’impact sur les enfants passent parfois au second plan, non par manque d’amour ou d’attention, mais parce que les parents sont eux-mêmes en situation de fragilité.

À cela s’ajoute un frein culturel : solliciter une aide extérieure pour son enfant peut être vécu comme un aveu d’échec, voire une mise en cause de ses capacités parentales. La communication autour d’un atelier PEP’S doit donc impérativement désamorcer ces représentations, sans tomber dans la minimisation ou le discours condescendant.

Enfin, les familles concernées forment un public diffus, peu regroupé, que l’on n’atteint pas par une campagne de communication classique. C’est pourquoi la communication indirecte, via les professionnels qui les accompagnent, est souvent plus efficace que la communication directe.

S’appuyer sur les relais professionnels plutôt que de communiquer seul

La première règle en matière de recrutement de participants est de ne pas tenter d’atteindre les familles en direct, mais de mobiliser l’ensemble des professionnels qui les côtoient au quotidien. Ces relais constituent le canal le plus fiable et le plus légitime pour orienter une famille vers un atelier.

Parmi les relais prioritaires : les enseignants et personnels de l’Éducation nationale, les médecins généralistes et pédiatres, les travailleurs sociaux, les médiateurs familiaux, les conseillers conjugaux et familiaux, les avocat·e·s spécialisés en droit de la famille, les personnels des CAF et des UDAF, ainsi que les agents des services de protection de l’enfance.

Pour mobiliser efficacement ces relais, il faut leur fournir des outils concrets : une fiche de présentation synthétique du dispositif (format A5 ou A4 recto), un argumentaire simple expliquant à qui s’adresse l’atelier, ce qu’il apporte à l’enfant, et comment orienter une famille. Il ne s’agit pas de leur demander de « faire de la pub » mais de leur permettre d’évoquer naturellement l’existence de l’atelier dans le cadre de leurs propres suivis.

Pour structurer ces orientations, vous pouvez vous référer à notre article dédié : Comment orienter une famille vers un atelier PEP’S ?

Adapter le message selon le profil des familles

Toutes les familles concernées par une séparation parentale ne se ressemblent pas. La communication doit s’adapter à plusieurs profils distincts.

Les familles en situation de séparation récente ont besoin d’un message rassurant et très concret : qu’est-ce que l’atelier ? Combien de séances ? Où ? À quelle fréquence ? Le message doit réduire l’incertitude et l’engagement perçu. Insister sur le fait que l’atelier n’est pas une thérapie, qu’il ne juge pas les parents, qu’il est centré sur l’enfant et non sur la relation conjugale.

Les familles en situation de conflit parental intense nécessitent une attention particulière. Il est important de préciser que les deux parents n’ont pas à être d’accord entre eux pour que l’enfant participe, et que l’atelier n’intervient pas dans la relation parentale. Cette précision peut lever un blocage fréquent.

Les familles orientées par un professionnel arrivent souvent avec un a priori plus positif : elles ont confiance dans la personne qui leur a parlé de l’atelier. Dans ce cas, le message de communication doit conforter cette confiance et faciliter le passage à l’acte (inscription, prise de contact).

Choisir les bons supports de communication

La communication vers les familles peut emprunter plusieurs canaux, à combiner selon les ressources disponibles.

Les supports imprimés restent incontournables dans ce secteur. Une plaquette claire, sobre, avec un visuel rassurant et un texte court suffit. Elle doit répondre à quatre questions : pour qui ? pour quoi ? comment ? où ? Évitez les formulations trop techniques ou les termes issus du champ clinique (on ne parle pas de « groupe thérapeutique » ou de « travail psychique »). Privilégiez des formulations comme « un espace pour exprimer ce que tu ressens », « un groupe avec d’autres enfants qui vivent la même chose ».

Les réseaux sociaux peuvent être utiles pour toucher des parents plus jeunes ou isolés géographiquement. Facebook reste le réseau le plus pertinent pour toucher des parents de 30-50 ans dans les territoires ruraux ou périurbains. Instagram peut compléter pour les parents plus urbains. Dans tous les cas, le ton doit être bienveillant, positif, sans jamais stigmatiser la situation de séparation.

Le site internet de la structure doit comporter une page dédiée à l’atelier, accessible depuis la page d’accueil, avec un formulaire de contact ou un numéro de téléphone clairement visible. La lisibilité et la rapidité de prise en contact sont déterminantes.

La communication orale ne doit pas être négligée. Une présentation courte lors d’une réunion d’école, d’une permanence de la CAF, ou d’un événement local peut toucher des familles que les supports écrits n’atteindraient pas.

Le rôle central du titre et du nom du dispositif

Le nom sous lequel l’atelier est présenté aux familles a une importance réelle. « Atelier de parole pour enfants de parents séparés » est clair et descriptif, mais peut sembler clinique ou stigmatisant. Certaines structures choisissent des noms plus évocateurs et moins labellisants : « Les Explorateurs », « Mon espace à moi », « L’atelier des émotions »…

L’intérêt d’un nom propre est double : il crée une identité pour l’atelier, et il permet aux enfants eux-mêmes d’en parler à leurs camarades ou à leurs parents sans avoir à mentionner explicitement la séparation. Ce point mérite une réflexion en amont, avant tout déploiement de communication.

Anticiper les questions et objections des parents

Toute communication efficace anticipe les freins. Dans le cadre des ateliers PEP’S, les objections les plus fréquentes des parents sont les suivantes.

« Mon enfant va bien, il n’en a pas besoin. » Il est important de rappeler que l’atelier ne s’adresse pas uniquement aux enfants en difficulté visible. Il bénéficie à tout enfant traversant une séparation parentale, qu’il exprime ou non sa souffrance. Les enfants qui semblent « s’adapter » peuvent intérioriser sans le montrer.

« Je ne veux pas que mon enfant parle de notre vie privée à des inconnus. » L’atelier est encadré par un principe strict de confidentialité, rappelé dès la première séance. L’animateur ne restitue pas aux parents le contenu des échanges.

« L’autre parent ne sera jamais d’accord. » Dans la majorité des dispositifs, le consentement d’un seul parent suffit. Cette information doit figurer dans les supports de communication.

Ces éléments de réassurance peuvent être intégrés dans une FAQ disponible sur le site de la structure ou dans la plaquette de présentation. Vous pouvez également vous appuyer sur les ressources existantes du réseau, notamment nos réponses aux questions fréquentes disponibles.

Mesurer l’efficacité de sa communication

Une fois le dispositif lancé, il est utile de suivre quelques indicateurs simples pour évaluer l’efficacité des actions de communication : nombre de contacts entrants, canaux d’origine (comment la famille a entendu parler de l’atelier), taux de transformation entre prise de contact et inscription effective, taux de remplissage des groupes.

Ces données permettent d’ajuster les canaux, les messages et les relais au fil des sessions. Un atelier dont les participants arrivent principalement via les enseignants appellera un investissement différent de celui dont les inscrits viennent via les réseaux sociaux.

Construire une communication durable, pas ponctuelle

La communication autour d’un atelier PEP’S ne peut pas être un effort unique au moment du lancement. Les séparations parentales surviennent tout au long de l’année, et les familles concernées évoluent. Il faut maintenir une présence régulière dans l’écosystème des professionnels relais, renouveler les supports à chaque nouvelle session, et entretenir la visibilité du dispositif même entre deux groupes.

La pérennité d’un atelier de parole repose autant sur la qualité de son animation que sur sa capacité à recruter des participants de façon continue. Soigner la communication, c’est soigner la survie du dispositif.

Vous souhaitez déployer un atelier PEP’S sur votre territoire ou renforcer la communication autour d’un dispositif existant ? Le réseau national coordonné par l’UNAF peut vous accompagner dans cette démarche. Retrouvez l’ensemble des ressources et des contacts sur le site des ateliers enfants de parents séparés.