Comment conduire le premier entretien avec un enfant avant l’atelier ?

Comment conduire le premier entretien avec un enfant avant l'atelier ?

Avant même que le groupe se réunisse pour la première séance, un moment clé conditionne souvent la qualité de l’ensemble du parcours : l’entretien individuel préalable avec l’enfant. Cette étape est parfois réduite à une simple formalité administrative ou confondue avec l’entretien mené avec les parents. C’est pourtant un temps à part entière, qui remplit des fonctions précises et qui mérite d’être préparé avec soin.

Cet article s’adresse aux professionnels qui animent ou souhaitent mettre en place un atelier de parole pour enfants de parents séparés, et qui cherchent des repères concrets pour structurer ce premier contact avec l’enfant.

Pourquoi un entretien préalable avec l’enfant est indispensable ?

L’entretien préalable n’est pas un luxe organisationnel. Il remplit plusieurs fonctions qui ne peuvent pas être assurées par d’autres moments du dispositif.

La première est une fonction d’évaluation de l’adéquation. Tous les enfants dont les parents sont séparés ne sont pas nécessairement prêts à intégrer un groupe de parole au moment où la demande est formulée. Certains traversent une période de crise aiguë qui nécessite un accompagnement individuel prioritaire. D’autres sont trop jeunes pour le groupe constitué, ou présentent des difficultés de communication qui appelleraient un format différent. L’entretien préalable permet de vérifier que l’atelier est bien la bonne réponse, au bon moment, pour cet enfant précis.

La deuxième fonction est une fonction de préparation. Entrer dans un groupe de parole avec des enfants inconnus, pour parler de quelque chose d’aussi intime que la séparation de ses parents, peut être source d’appréhension. L’entretien préalable permet à l’enfant de rencontrer au moins un des intervenants dans un cadre individuel et sécurisant, avant d’être exposé à la dynamique collective. Ce premier contact réduit l’anxiété et facilite l’entrée dans le groupe.

La troisième fonction est une fonction de recueil du consentement éclairé. L’enfant, selon son âge, doit comprendre ce à quoi il s’apprête à participer et y adhérer librement. Ce consentement ne peut pas être simplement délégué aux parents. Il doit être sollicité directement auprès de l’enfant, dans des termes adaptés à son niveau de compréhension.

Qui mène cet entretien ?

Dans l’idéal, l’entretien préalable est conduit par l’un des intervenants qui animera le groupe. Cette continuité crée un premier lien de confiance qui facilitera l’intégration de l’enfant dans le collectif.

Si la co-animation est prévue, il peut être pertinent que les deux intervenants soient présents lors de cet entretien, ou que chacun rencontre individuellement les enfants qui leur seront « référents » au cours du parcours. L’important est que l’enfant entre dans la première séance de groupe sans se retrouver face à des inconnus complets.

L’entretien ne doit pas être conduit par un professionnel qui ne participera pas à l’animation du groupe, sauf nécessité organisationnelle exceptionnelle. Le lien établi lors de ce premier contact serait sinon rompu au moment de l’entrée dans le groupe, ce qui affaiblit l’effet de préparation recherché.

La question de la présence des parents

Une question pratique se pose systématiquement : les parents sont-ils présents lors de l’entretien avec l’enfant ?

La réponse dépend de l’âge de l’enfant et du contexte. Pour les enfants de moins de 7 ou 8 ans, une présence parentale au moins en début d’entretien peut être rassurante, à condition que le professionnel veille à créer rapidement un espace d’échange direct avec l’enfant. Pour les enfants plus grands, un entretien sans parent est généralement préférable : il pose d’emblée le principe que cet espace lui appartient, que ce qu’il y dit ne sera pas automatiquement retransmis à ses parents.

Dans tous les cas, il est préférable de prévoir un temps séparé avec les parents, avant ou après l’entretien avec l’enfant, pour recueillir les informations contextuelles nécessaires (situation familiale, éventuelles fragilités, questions pratiques) sans que l’enfant soit présent. Ce temps avec les parents ne doit pas se substituer à l’entretien avec l’enfant, ni en conditionner le contenu.

Ce que l’entretien n’est pas

Avant de décrire ce que le professionnel cherche à faire lors de cet entretien, il est utile de clarifier ce qu’il ne doit pas chercher à faire.

L’entretien préalable n’est pas un bilan psychologique. Il ne s’agit pas d’évaluer le fonctionnement psychique de l’enfant, de poser un diagnostic ou de mesurer l’impact de la séparation sur son développement. Ces évaluations relèvent d’autres professionnels et d’autres cadres.

Ce n’est pas non plus un entretien d’anamnèse familiale. Le professionnel n’est pas là pour reconstituer l’histoire de la séparation, identifier les responsabilités des uns et des autres, ou recueillir des informations sur le conflit parental. Toute information qui irait dans ce sens doit être reçue avec prudence et ne jamais orienter la posture de l’intervenant dans le groupe.

Ce n’est pas davantage un premier travail thérapeutique. Si l’enfant commence à s’exprimer sur des émotions difficiles, l’intervenant accueille sans approfondir : le travail de groupe viendra en son temps.

Structurer l’entretien : quelques repères pratiques

L’entretien préalable dure généralement entre 20 et 45 minutes selon l’âge de l’enfant et les informations à transmettre. Il peut s’organiser autour de trois temps successifs.

Un premier temps de présentation et de mise en confiance. L’intervenant se présente, explique son rôle, et invite l’enfant à parler un peu de lui de façon légère : ses activités, ce qu’il aime, comment il va en ce moment. Ce temps n’est pas un préambule accessoire, c’est celui qui permet à l’enfant de trouver ses marques et à l’intervenant d’ajuster son registre de communication.

Un deuxième temps d’explication du dispositif. L’intervenant explique ce qu’est l’atelier, à qui il s’adresse, comment il se déroule, combien il y a de séances, qui seront les autres participants (sans les nommer bien sûr), ce qui s’y passe et surtout ce qui ne s’y passe pas. Cette explication doit être adaptée à l’âge : pour un enfant de 8 ans, on ne mobilise pas les mêmes mots que pour un adolescent de 14 ans. Des formulations simples comme « c’est un groupe avec d’autres enfants qui ont aussi des parents séparés, et on s’y retrouve pour dire ce qu’on ressent » suffisent souvent. Il faut insister sur deux points : la confidentialité des échanges au sein du groupe, et le fait que personne ne sera obligé de parler s’il ne le souhaite pas.

Un troisième temps de recueil de la parole de l’enfant. L’intervenant invite l’enfant à dire ce qu’il comprend du dispositif, ce qui lui plaît ou l’inquiète dans l’idée d’y participer, et s’il y vient de son plein gré. Ce recueil du consentement est essentiel. Il peut se faire à travers une question ouverte simple : « Toi, qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que c’est quelque chose qui t’intéresse ? » La réponse, même hésitante, donne des informations précieuses sur la disposition de l’enfant.

Repérer les signaux d’alerte

L’entretien préalable est aussi l’occasion d’identifier d’éventuelles situations qui nécessiteraient une attention particulière. Sans transformer cet entretien en espace d’investigation, certains éléments méritent d’être notés : une détresse émotionnelle intense, un discours très figé ou au contraire une agitation marquée, des propos qui laissent entrevoir une situation familiale préoccupante.

Ces observations ne doivent pas nécessairement conduire à exclure l’enfant du groupe, mais elles permettent à l’intervenant d’anticiper et, le cas échéant, d’alerter les partenaires concernés. La question de la gestion des révélations difficiles en cours d’atelier est étroitement liée à ces repérages précoces. Il est utile que les intervenants aient réfléchi en amont à cette articulation avec les dispositifs de protection de l’enfance.

Après l’entretien : tracer et transmettre

À l’issue de l’entretien, l’intervenant prend le temps de noter quelques éléments essentiels : le nom et l’âge de l’enfant, le contexte familial succinct, les informations pratiques transmises par les parents, et les premières observations sur la disposition de l’enfant. Ces notes restent confidentielles et servent uniquement à préparer l’animation du groupe.

Si deux intervenants co-animent, un temps d’échange entre eux après tous les entretiens préalables est précieux pour construire une vision partagée du groupe à venir, anticiper les dynamiques, et ajuster si nécessaire l’approche de la première séance.

Pour comprendre comment ce premier entretien s’articule avec l’ensemble du parcours proposé aux enfants, les repères sur la création d’un parcours enfants et adolescents donnent un cadre utile.

Un temps court, un impact durable

Le premier entretien avec l’enfant est un investissement modeste en temps, mais son impact sur la qualité du dispositif est réel. Il conditionne la disposition de l’enfant à entrer dans le groupe, la capacité de l’intervenant à accueillir chaque participant de façon personnalisée, et la cohérence globale du parcours. Soigner ce moment, c’est soigner les fondations de tout ce qui vient ensuite.

Vous souhaitez structurer votre pratique autour des ateliers pour enfants de parents séparés ou bénéficier d’un accompagnement méthodologique ? Retrouvez l’ensemble des ressources et contacts du réseau sur le site des ateliers enfants de parents séparés.