Déployer un atelier pour enfants de parents séparés dans les Hauts-de-France : enjeux et partenaires clés

Déployer un atelier pour enfants de parents séparés dans les Hauts-de-France : enjeux et partenaires clés

Les Hauts-de-France présentent une particularité qui rend le déploiement des ateliers pour enfants de parents séparés à la fois plus urgent et plus complexe que dans d’autres régions : ce sont les indicateurs sociaux. Taux de pauvreté, de chômage et de monoparentalité parmi les plus élevés de France métropolitaine, fragilité des territoires ruraux et des bassins miniers reconvertis, pression sur les services sociaux dans les grandes agglomérations lilloise, valenciennoise et boulonnaise. Ce contexte ne signifie pas que les enfants y souffrent davantage de la séparation de leurs parents qu’ailleurs. Il signifie que les familles disposent souvent de moins de ressources pour y faire face, et que les dispositifs de soutien ont d’autant plus d’importance.

Trois départements sur cinq disposent aujourd’hui d’un atelier pour enfants de parents séparés référencé dans la région. C’est une base solide, portée par des acteurs expérimentés, sur laquelle les territoires encore non couverts peuvent s’appuyer pour construire leurs propres projets.

Une région aux réalités territoriales contrastées

Les Hauts-de-France ne se résument pas à la métropole lilloise. Entre la conurbation du Nord, qui concentre les trois quarts de la population régionale, les zones rurales de l’Aisne et de la Somme, le littoral du Pas-de-Calais et les territoires de l’Oise en transition entre monde rural et influence francilienne, les besoins et les ressources varient considérablement.

Dans la métropole lilloise et ses agglomérations satellites, la densité du tissu associatif et institutionnel facilite les partenariats et le recrutement de participants. Les familles monoparentales y sont nombreuses et souvent bien identifiées par les services sociaux. Le défi est moins celui de l’identification des besoins que celui de la coordination entre acteurs et de la visibilité des dispositifs existants.

Dans les zones rurales de l’Aisne et de la Somme, la situation est différente. Les familles sont dispersées, les distances sont longues, et les ressources de proximité font souvent défaut. Un groupe de parole collectif nécessite de réunir plusieurs enfants au même endroit au même moment, ce qui peut s’avérer logistiquement difficile dans des territoires peu denses. Des solutions comme le co-voiturage organisé, l’implantation de l’atelier dans des communes bien desservies, ou le partenariat avec des structures itinérantes peuvent aider à surmonter ces obstacles.

Les pionniers de la région : trois acteurs à valoriser

Dans le Nord, c’est une association, et non une UDAF, qui porte le dispositif : « Avec des Mots Médiation » anime depuis de nombreuses années « La valise des mots », groupe d’entraide et d’expression pour les enfants et adolescents de parents séparés. Ce nom, qui fait écho au Sac à dos des mots du Tarn-et-Garonne ou à la Marmite des mots d’Ille-et-Vilaine, traduit la même intuition : donner une identité propre au dispositif, ancrée dans une métaphore concrète et accessible pour les enfants. La valise évoque le bagage que l’on transporte d’un foyer à l’autre, la charge émotionnelle que l’on porte sans toujours savoir quoi en faire. Le groupe devient l’endroit où l’on peut l’ouvrir, en explorer le contenu, et repartir un peu plus léger.

La présence d’une association comme porteur principal dans le Nord est un signal intéressant pour les autres territoires de la région : les ateliers pour enfants de parents séparés ne sont pas l’apanage des UDAF. Toute structure disposant des compétences et des partenariats nécessaires peut porter ce type de dispositif, en s’appuyant sur le cadre méthodologique et les ressources du réseau national.

Dans l’Oise, l’UDAF du département anime depuis plusieurs années des ateliers PEP’S. Son ancrage territorial et ses liens avec les partenaires institutionnels du Beauvaisis et du Compiégnois en font un interlocuteur de référence pour les professionnels qui souhaitent orienter une famille dans le département. La proximité de l’Oise avec la région Île-de-France, et notamment avec des territoires de grande couronne en situation de forte pression familiale, renforce la pertinence du dispositif dans ce département charnière.

Dans le Pas-de-Calais, l’UDAF du département porte des ateliers PEP’S qui couvrent un territoire marqué par des réalités sociales complexes : ancien bassin minier en reconversion, zones urbaines et rurales imbriquées, fort taux de monoparentalité dans certains territoires. La CAF du Pas-de-Calais, qui propose d’ailleurs un accompagnement spécifique aux parents en situation de séparation via son parcours dédié, constitue un partenaire naturel et un relais d’orientation précieux.

L’Aisne et la Somme : deux territoires à investir en priorité

L’Aisne est le département des Hauts-de-France le plus éloigné des grandes agglomérations régionales. Saint-Quentin, Laon et Soissons sont les trois villes principales d’un territoire rural et semi-rural qui cumule des indicateurs de fragilité sociale importants. L’UDAF de l’Aisne, présente sur le territoire, est l’interlocuteur naturel pour construire un premier dispositif dans ce département. La CAF de l’Aisne, qui accompagne les familles en situation de séparation dans le cadre de son parcours dédié, peut jouer un rôle de co-financeur et de relais d’orientation.

La Somme et son chef-lieu Amiens représentent une opportunité de déploiement significative. Amiens est une ville universitaire et préfectorale dont le tissu associatif est relativement développé. L’UDAF de la Somme et les associations locales de médiation familiale constituent des points d’appui pour un premier projet. La Somme est aussi l’un des départements de la région où les indicateurs de monoparentalité sont particulièrement marqués, ce qui renforce l’utilité d’un dispositif centré sur les enfants.

Les partenaires institutionnels clés dans les Hauts-de-France

Au-delà des UDAF et des associations porteuses, plusieurs acteurs institutionnels jouent un rôle structurant dans le déploiement et le financement des dispositifs familiaux dans la région.

Les CAF des cinq départements financent les actions REAAP et disposent de dispositifs spécifiques d’accompagnement à la séparation. Comme évoqué plus haut, la CAF du Pas-de-Calais a notamment développé un parcours d’accompagnement dédié aux parents qui se séparent, ce qui illustre la sensibilité de l’institution régionale à ces enjeux. Ce type de partenariat CAF-atelier, où la caisse oriente les familles qu’elle accompagne vers le dispositif, est l’un des leviers les plus efficaces pour le recrutement des participants.

Les Conseils départementaux interviennent via leurs directions Enfance-Famille dans le financement de la prévention et du soutien à la parentalité. Plusieurs d’entre eux ont développé des schémas départementaux de protection de l’enfance qui mentionnent explicitement le soutien aux enfants de familles séparées comme axe prioritaire. S’appuyer sur ces documents pour argumenter un projet d’atelier renforce considérablement la légitimité de la démarche auprès des décideurs.

Les CIDFF des Hauts-de-France, présents dans plusieurs départements de la région, peuvent être des co-porteurs naturels, notamment dans les territoires où leur implantation est forte et leurs liens avec les CAF et les Conseils départementaux bien établis.

Tirer parti de l’expérience des pionniers régionaux

L’un des atouts du réseau national coordonné par l’UNAF est précisément de permettre à une structure qui se lance de bénéficier de l’expérience accumulée par celles qui ont déjà plusieurs années de pratique. Dans les Hauts-de-France, les équipes de l’Oise, du Pas-de-Calais et d' »Avec des Mots Médiation » dans le Nord ont traversé les étapes du démarrage, du recrutement des premiers participants, de la constitution des groupes et de la gestion des situations complexes. Leurs retours d’expérience sont une ressource précieuse pour les structures qui souhaitent se lancer dans l’Aisne ou la Somme.

Pour les professionnels qui s’interrogent sur ce que représente concrètement le fait d’animer un premier groupe, les repères disponibles dans notre sujet sur la formation et la posture des intervenants constituent un point de départ utile avant d’engager une démarche de déploiement.

La communication auprès des familles, enjeu spécifique dans la région

Dans les Hauts-de-France, la communication auprès des familles mérite une attention particulière. La culture du recours aux dispositifs de soutien psychosocial est parfois moins ancrée dans certains milieux populaires ou dans les zones rurales, où demander de l’aide pour son enfant peut encore être vécu comme un aveu de faiblesse ou comme une intrusion dans la vie privée. Les porteurs de dispositifs dans la région ont souvent constaté que la communication indirecte, via les professionnels de confiance que les familles fréquentent déjà (enseignants, travailleurs sociaux, médecins, agents CAF), est bien plus efficace que la communication directe.

Ce point est développé en détail dans notre ressource sur les stratégies de communication auprès des familles, qui propose des repères concrets pour adapter le message selon les contextes territoriaux et les profils de familles.

Une région qui a les moyens de ses ambitions

Les Hauts-de-France disposent d’un tissu institutionnel et associatif capable de porter un déploiement ambitieux des ateliers pour enfants de parents séparés. Les trois dispositifs déjà en place prouvent que c’est possible. Les deux départements encore non couverts ont les ressources humaines et institutionnelles pour rejoindre le réseau. Ce qui manque, c’est souvent le déclencheur : une rencontre, une formation, une prise de contact avec le réseau national qui donne envie de franchir le pas.

Vous êtes une structure des Hauts-de-France et souhaitez explorer la possibilité de déployer un atelier pour enfants de parents séparés sur votre territoire ? Retrouvez les contacts du réseau et toutes les ressources disponibles sur le site des ateliers enfants de parents séparés.